publication ici même,
entretien avec Martial Déflacieux autour de CLOSING DAY / in extenso, 2008


Pouvez-vous résumer en quelques mots votre projet ?
L'idée de Closing Day est une simulation du film The Shining1 dans le jeu vidéo Les Sims2. Le jeu est basé sur une simulation de vie artificielle, The Shining, quant à lui, est une observation des résultats de l'enfermement sur des personnes dans un lieu clos et isolé. Nous avons donc réalisé une hybridation entre le film et le jeu. Dans notre simulation, on retrouve l'Overlook hôtel et les personnages présents dans le film de Kubrick.

Si je comprends bien, vous avez fait rentrer des éléments fictionnels de Shining dans le programme Les Sims ?
En quelque sorte, oui. Dans le manuel Les Sims, il est clairement écrit que si tu ne t'appliques pas à t'occuper des personnages créés, ils vont sombrer dans la mélancolie, puis la folie, et enfin la mort. On est donc parti du syndrome présent dans le film et de sa proximité avec la nature même du jeu en laissant les personnages que nous avons créé, abandonnés à eux-mêmes.

Comment la mise en scène du film intervient dans l'espace ?
Dans le jeu Les Sims, tu peux construire tes propres espaces. Nous avons donc utilisé les outils de modélisation du logiciel pour reproduire les principales pièces du film telles qu'on peut les imaginer. Pour ICI MÊME, vous souhaitiez qu'une oeuvre tridimensionnelle puisse exister exclusivement dans un livre, il nous semblait donc intéressant que les images réalisées le soient par la génération d'un système 3D, qu'il en soit la source. Le traitement 3D est à la fois l'outil de création et de représentation finale. En même temps la configuration de notre simulation existe, et elle pourrait de nouveau servir.

Cela veut dire que quelqu'un pourrait reprendre votre configuration ?
Oui, nous avons créé les trois personnages en fonction de leurs caractères dans le film, ensuite, ils se sont développés seuls dans l'environnement représenté. A un moment donné, il y a une salle toute rouge où l'on voit un lapin, situa?on absurde créé par un des personnages en manque d'affection. Il y a de grande similitude avec le film, nos personnages dans le jeu ont commencé par déprimer, puis à devenir fou, et si nous avions continué la simulation, sans doute seraient-ils morts.

Ce que vous m'expliquez est donc un des scénarios ?
Oui mais le scénario, ce n'est pas nous qui l'avons écrit, nous avons simplement créé les bases, la matière, et après, c'est le jeu qui scénarise...

En fin de compte, ce qui est présenté ici pourrait être une forme de promotion du jeu ?
Oui, ou plutôt un additionnel comme il en est généralement proposé avec ce type de jeu. Ce qui nous plaisait était de partir d'un logiciel très populaire qui a été vendu à des millions d'exemplaires.

Ce projet allie votre goût pour l'architecture et votre plaisir à détourner des éléments de la culture de masse...
On essaye en général de trouver un nodule, un noeud qui permet à chacun d'aller vers différentes pistes suffisamment ouvertes pour permettre de multiples projections. Ici, on a associé deux références, The Shining et Les Sims, car elles sont cultes pour de nombreuses personnes. Kubrick nous intéresse parce qu'il filme tout particulièrement l'espace et son rapport au temps, sans oublier Stephen King qui est l'auteur du livre dont est tiré le film3.

Votre démarche semble mettre l'accent sur la mobilité d'une oeuvre, son caractère hybride propre aux transformations. Face à votre travail, quelle est la place du spectateur ?
Dans l'espace... Disons plus sérieusement que dans cette proposition, les points de vue sont imposés comme ils nous l'ont été par le logiciel. On ne peut connaître d'avance quel point de vue aurait une personne en réactivant notre additionnel. Ce qui est sûr, c'est que notre travail n'est pas interactif...

A ce sujet n'êtes vous pas catalogués comme des artistes nouveaux médias ?
Oui, de fait, parce qu'on utilise des outils numériques et que l'on se questionne aussi beaucoup sur des sujets liés aux nouveaux médias. L'étiquette nous amuse plus qu'elle ne nous fâche. Ce ne sera bientôt plus des nouveaux médias...Nous venons de l'architecture et utilisons beaucoup de disciplines.

Dans votre démarche, il semble que ce que l'on pourrait appeler l'enfance de l'art numérique est passée ?
C'est vrai dans la mesure où nous ne nous intéressons pas à des pratiques interactives ni à l'aspect ludique qu'apportent les nouveaux médias. Nous partons d'un scénario et ensuite nous choisissons un médium. En aucun cas le média est un préalable.

Notes :
1 The Shining, film de Stanley Kubrick, 1980.
2 Les Sims, Maxis, 2000.
3 Shining, de Stephen King, alta edition (1977)

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